Vous êtes très nombreux au quotidien sur les réseaux sociaux (Instagram particulièrement, où je partage plus à ce sujet) à me questionner sur le sujet des « caprices » de Camille, si elle en fait et comment nous gérons au quotidien etc.
A chaque fois je réponds « elle ne fait pas de caprice ».
Je vous rassure, elle manifeste parfois de la peur, de la colère, de la frustration, mais chez un enfant de l’âge de Camille (18 mois) et encore pendant quelques années (jusqu’à 4-5 ans environ) les caprices n’existent pas.
- En effet, il est aujourd’hui prouvé scientifiquement qu’un tout petit n’est tout simplement pas en capacité de faire des caprices comme on peut l’entendre : A savoir avec le côté « pervers » de manipulation du parent dans le but d’obtenir ce qu’il veut.
Non. Un enfant qui crie ou se roule par terre ne cherche pas à faire du mal à son / ses parents, encore moins à le manipuler (ouf).

Je crois qu’il est important de comprendre que l’enfant, de même qu’il n’a pas atteint sa taille d’adulte (ça parait logique) n’a pas atteint la maturation de son cerveau nécessaire pour « bien » gérer ses émotions. Le cortex préfrontal qui est le siège du contrôle des émotions ne devient mature qu’entre 5 et 7 ans environ. Jusque là, le tout petit est tout simplement physiquement incapable de prendre du recul et de se « calmer » sans l’aide et l’accompagnement de l’adulte (et c’est tout à fait normal). De même, les émotions de l’enfant nous paraissent souvent exacerbées, disproportionnées et pour des choses qui nous paraissent insignifiantes à nous, adultes.
Je vous assure, être conscient de cela permet d’être beaucoup plus zen au quotidien et de gérer les crises (appelons les comme ça) avec beaucoup plus de distance, et d’apaisement. En effet, personnellement, depuis que j’ai pris conscience que ces crises n’étaient pas dirigées « contre » moi, ou qu’elles n’avaient pas pour but de me manipuler cela me permet de lâcher prise et de gérer tout cela beaucoup plus sereinement.
En fait, je crois que l’on part trop souvent du principe que l’adulte doit avoir un ascendant sur l’enfant dans toutes les situations. Si l’enfant ne se « soumet pas » à l’autorité du parent et qu’il se « rebelle » alors il fait un caprice. Cela peut être le cas pendant le repas par exemple. Ou au moment du coucher. Ou pour enfiler tel ou tel vêtement.
Mais changeons d’angle.
Avez vous toujours le même appétit ? A la même heure ? Avez vous toujours un sommeil paisible et parfaitement réglé ? Auriez vous envie d’enfiler une tenue qui vous est imposée ?
Je pense qu’avec Camille nous évitons beaucoup de situations de crises potentielles en étant simplement souples sur ces choses là. Je m’explique. Elle a faim, elle mange. Elle n’a pas faim, elle ne mange pas. Elle est en lit au sol depuis ses 4 mois et depuis 8/9 mois maintenant elle gère totalement son sommeil à savoir qu’elle se couche lorsqu’elle en ressent le besoin, idem pour l’heure de lever. Pour être honnête, ce n’est pas forcément un rythme qui nous « arrange » (généralement elle se couche et se lève tôt – exit les grasses matinées) mais c’est son rythme, que nous devons respecter.
Le matin elle choisit ses vêtements (généralement je propose 2 hauts, 2 bas, 2 paires de chaussures, 2 manteaux). Cela permet de l’impliquer, de lui donner une petite autonomie, de ne pas la frustrer. Je ne vous cache pas que ce n’est pas toujours idéalement assorti, mais clairement, c’est le dernier de mes soucis. L’important pour moi c’est que le matin soit serein.
Changer de lunettes et se demander comment nous réagirions nous adultes à la même situation est généralement un excellent exercice.
Non notre enfant n’agit pas pour nous nuire. Et non, nous ne sommes pas obligés d’être en conflit permanent. (Ouf, bis)
- Une autre chose qui induit beaucoup de frustration (et donc de crises) chez les tous petits est que l’environnement n’est généralement pas pensé pour eux. Je m’explique une nouvelle fois. Ils ont envie de découvrir mais n’ont accès à rien (ou presque), ils ont envie d’apprendre ou d’essayer des choses mais ils sont souvent considérés comme « trop petits » (par rapport à quoi ?). On interdit systématiquement (ou presque) toute tentative de découverte parce que nous, adulte, avons des peurs et angoisses.
Idem de ce côté là, je pense que nous « évitons » beaucoup de frustrations parce que nous avons pensé notre environnement pour Camille. Tout (ou presque) est à sa portée, elle peut se servir seule de ses jouets, ses livres, tout est à hauteur de « bébé ». Des qu’elle a su se mettre debout vers 8 mois elle a pu accéder à ses jouets, ses livres, et à toutes les expérimentations qui vont avec (bien sur, cela nécessite de sécuriser absolument la maison / appartement). Idem pour la motricité.
Paradoxalement peut être nous l’avons toujours accompagnée et encouragée dans ses découvertes (même celles considérées comme « dangereuses »). Les escaliers par exemple. Elle a essayé de les monter vers 8 mois. Au lieu de la barricader / de lui interdire nous l’avons accompagnée afin de la sécuriser et de lui apprendre à descendre en sécurité. C’est un exemple parmi d’autres. Je crois qu’un enfant a besoin de faire ses expériences. De manger seul, d’être libre de ses mouvements. Cela demande un peu d’énergie (et de ménage !) mais c’est très chouette de les voir se dégourdir et être fiers / heureux de faire seul(e). L’enfant veut apprendre. Faire à sa place même si cela part d’un très bon sentiment (c’est généralement le cas !) peut entraîner des crises énormes.
A la maison on agit de la sorte : on la laisse faire en lui disant que nous sommes là si elle a besoin d’aide. Très souvent elle se débrouille seule. Parfois elle nous demande « t’aide ».
Je crois que l’enfant apprend en faisant, par l’expérience. Il a besoin de toucher, manipuler, expérimenter. Le défi ? Le sécuriser tout en ne cédant pas à nos peurs parfois irrationnelles. Cet été Camille a fait du paddle et du canoë. Elle avait 15 mois. J’étais d’abord terrorisée de la voir partir sur la petite planche au large avec mon mari, mais elle était demandeuse et objectivement en sécurité avec un gilet à sa taille. Alors pourquoi pas ? Elle y est allée et est revenue très fière, heureuse, lumineuse, ravie de son expérience. Grandie.
Il est parfois difficile de faire la part des choses entre nos peurs créées / construites et le danger bien réel, mais je crois que se poser la question est l’une des clefs.
(Il est évident par exemple que je ne l’aurais pas laissée à 8 mois seule en présence de cacahuètes, ou de petites piles etc).
Au fil des mois j’ai appris d’une part à la laisser expérimenter et vivre. D’autre part a lui faire confiance. Généralement si elle est demandeuse pour faire quelque chose c’est qu’elle se sent et en est capable.
- Ensuite, de la même façon qu’un enfant n’a pas la possibilité de se
calmer, ou au contraire de manipuler consciemment, il n’est pas non plus capable de se projeter et de comprendre la finalité de son.ses actions. Il vit dans le moment présent. Ce qui induit beaucoup de mécompréhensions / potentielles crises.
Schématiquement, un enfant n’est pas capable de comprendre la finalité de son action (« si tu sautes dans la flaque, tu vas te mouiller, et après il faudra te changer etc etc». Il expérimente de sauter dans la flaque, point).
De même qu’il n’est pas capable de comprendre qu’on l’interrompe brutalement dans son jeu / son activité / sa découverte parce que l’on doit partir au travail.
Mais vous allez me dire « on a quand même besoin de partir au travail ». Et c’est vrai.
Alors comment on gère au quotidien ?
Personnellement j’anticipe toujours, je préviens. « Camille on va partir à la crèche, tu termines telle chose, on range et on y va » / idem pour les tours de manège je lui dis systématiquement avant combien, puis lorsque c’est le dernier tour que c’est le dernier. Nous n’avons jamais eu de crise. Mais si c’est le cas, la « solution » se mettre à hauteur de l’enfant et lui expliquer que l’on avait fixé les « règles » ensemble avant (j’ai oublié de préciser, nous impliquons Camille du style « on va faire 2 tours de manège, tu es d’accord ? ». « C’est le dernier tour, tu as bien compris? »), que l’on comprend qu’il ait envie de continuer mais que ce n’est pas possible. Puis détourner son attention sur autre chose (un pigeon, des jets d’eau…). L’avantage d’un tout petit c’est qu’ils sont intéressés et donc distraits par beaucoup de choses.
Mon « truc » en partant du square par exemple au retour de la crèche c’est de l’impliquer « on va acheter le pain, tu veux une pièce ? C’est toi qui demande le pain ? Allez on y va ». Donner des petites taches / missions. Cela marche très bien sur Camille, je pense que cela leur permet de fixer leur attention sur autre chose et de les valoriser. Depuis plusieurs semaines du coup Camille rentre fièrement dansla boulangerie avec son euro à la main, demande « pain siplé » puis « maci ».
Le square est déjà loin.
- Un autre « facteur » courant de crise est la sur (ou au contraire la sous) stimulation.
Les environnements bruyants / fort volume sonore / lumineux etc comme les fêtes foraines, les supermarchés etc sont des endroits où les crises sont souvent plus fréquentes. Encore une fois, parce que le cerveau de l’enfant n’est pas assez mature pour gérer autant de stimuli.
Notre façon de faire ? Déjà éviter ce type d’endroit, et.ou le faire dans de bonnes conditions. A savoir lorsqu’elle est en forme (éviter la fin de journée par exemple). Et lui donner encore une fois une « mission » pour fixer son attention, lui donner une responsabilité, la valoriser. En ce moment je lui donne un petit panier et on cherche ensemble les pommes, les œufs etc (en plus cela lui permet de reconnaître les fruits, légumes etc).
Dans tous les cas, garder en tête que la crise de l’enfant est une conséquence, non la cause.
Alors, voici quelques “conseils” ou plutôt pistes, que je pense importantes à évoquer (et à creuser)
- Rester calme : En tant que sophrologue j’accompagne au quotidien des personnes dans la gestion de leurs émotions. Et je crois que c’est LA clef. Comment aider un enfant à se calmer si vous même vous êtes en train de hurler / pleurer etc ? . Travailler sur ses émotions (à soi, adulte) est quelque chose de long, de déstabilisant parfois, mais je crois que c’est vraiment important afin de mieux gérer son quotidien, et les émotions / le quotidien avec des enfants.
- Se déculpabiliser : je vous rassure, nous avons tous nos émotions, nos difficultés, nos coups de moins bien ou de fatigue. Parfois on ne réagit pas tout à fait de la façon dont on aimerait, on est affecté par quelque chose d’extérieur etc. On ne fait pas parfaitement et c’est OK. Je crois que l’important est, plus que de chercher à faire parfaitement bien, d’essayer de se remettre en question, d’analyser les situations à posteriori (à tête reposée) afin de comprendre ce qu’il s’est passé et comment cela a pu jouer sur telle ou telle chose (par exemple : la crise au supermarché, que s’est il passé exactement ? A quel moment ? Comment ai je réagi ? est ce que cela a aidé ou plutôt aggravé les choses. Etc). C’est un petit peu long et parfois pénible, mais le fait d’analyser et de se remettre en question permet vraiment de mieux comprendre son enfant (en tous cas c’est notre cas).
- PARLER : Tout comme je suis persuadée que le dialogue est la clef de la vie de couple, je pense sincèrement que c’est aussi l’une des clefs de la vie de famille : Se parler. Verbaliser, ses émotions, le bien, le moins bien. Camille a seulement 18 mois et elle est déjà capable de verbaliser ses émotions (“dodo”, “tiste” – triste , “peur”) je pense parce que nous lui avons exprimé les nôtres. Il est tout à fait normal d’être parfois fatigué, triste, en colère, c’est humain et il faut s’autoriser à le vivre et à le dire. Même à son enfant, oui oui. Je suis à 7 mois de grossesse et il m’arrive régulièrement en ce moment de lui expliquer “mon cœur, je suis fatiguée, tu sais, j’ai un bébé dans le ventre je m’allonge un petit moment juste à côté, si tu as besoin je suis juste là”. Et de la voir (ou la sentir) me faire un bisou et me caresser les cheveux. Un enfant, même s’il n’est pas capable de tout exprimer, comprend, tout. Alors, nous avons pris le parti de tout lui dire, avec des mots d’enfant, évidemment, mais sans lui cacher quoique ce soit.
- Sécuriser : Le tout petit a besoin d’être rassuré / sécurisé. Pour ça, la routine est importante, l’l’absence de routine a contrario est source de stress pour l’enfant (stress qu’il n’est pas capable de gérer, donc).
- Le cri / hurlement est un appel à l’aide : Encore une fois, un enfant ne crie pas pour nous embêter, nous nuire, mais pour demander de l’aide / attirer notre attention, parce qu’il n’est pas capable de gérer seul son émotions. Parfois on ne comprend pas tout à fait, et c’est ok, en revanche lui montrer que nous sommes là, présent pour lui, parler doucement, lui proposer éventuellement un câlin, sont de bonnes façons de lui signifier notre présence et notre amour.
- Parler en positif : Idem, l’enfant n’est pas capable jusqu’à 2 ans environ de comprendre la négation. Autrement dit si vous lui dites ” ne traverse pas la route” il va comprendre “traverse la route” et va donc filer vitesse Grand V faire exactement ce que vous lui avez interdit de faire … Il ne cherche pas à vous tenir tête, à vous désobéir, il n’a juste pas compris !
Je vous assure, au quotidien, c’est une rééducation, mais cela vaut le coup. J’ai “testé” plusieurs fois Camille et en effet si je lui dis “ne mets pas à la bouche” vous pouvez être certain que dans les secondes qui suivent, elle met à la bouche. Alors que si je lui dis “garde à la main” c’est OK. On troque donc le “ne traverse pas la route” par “tu restes à côté de moi” et.ou “tu me donnes la main”, etc etc.
- Donner du temps : Il ne s’agit pas forcément de beaucoup de temps, mais de donner autant que possible du temps qualitativement. Ce temps où nous sommes totalement à notre enfant, pas sur notre téléphone, les réseaux sociaux, en train de répondre à nos mails ou préparer le repas. Non, vraiment là, dans l’instant avec lui. L’enfant crise parfois simplement pour attirer l’attention, il ne veut pas faire son intéressant non, il a simplement besoin pour sa construction d’attention et d’amour (même si on le sait, nous, qu’on les aime de tout notre cœur, eux ont besoin de “démonstrations” d’amour, et ces démonstrations passent souvent par des petits instants).
- L’émotion est POSITIVE : C’est un peu difficile à entendre / lire dans notre société, parce que nous sommes conditionnés depuis l’enfance à ne pas vivre nos émotions, pire, à ne pas nous autoriser à les ressentir. il faut aller toujours bien, avoir le sourire, aller de l’avant. Mais j’affirme : l’émotion (toutes les émotions) sont positives, et il est nécessaire, vital, de les exprimer. Au cabinet, je reçois des personnes qui au bout de quelques minutes de séance s’effondrent en larmes et s’en excusent. Je leur réponds, que c’est OK, et que c’est sain, d’exprimer et d’évacuer ses émotions. Un enfant qui fait une crise de colère, de frustration, est donc tout à fait normal, et je dirais même SAIN. Il faut en revanche lui apprendre (et apprendre soi même) à gérer au mieux ces crises afin qu’elles ne deviennent pas trop fréquentes / violentes et qu’elles ne soient donc pas un frein à l’harmonie, la sérénité, l’apaisement au sein du foyer. Depuis peu, j’anime des ateliers avec des enfants et, justement, l’objectif est d’arriver non pas à leur faire “maîtriser”, nier, dissimuler, leurs émotions mais à leur faire les exprimer de façon approprier (c’est tout un challenge !)
- EMPATHIE ne signifie pas LAXISME : L’amalgame est courant mais attention empathie, bienveillance, ne sont pas synonymes de laxisme. Ce n’est pas parce que l’on est à l’écoute de son enfant et de ses besoins que l’on cède tout (je vous en parle dans cet article)
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Voilà,
Si vous êtes arrivés au bout de cet article (fleuve, pardon), je voulais vous préciser une chose, très importante : Je n’ai pas la prétention de dire que je sais tout, encore moins que j’agis toujours parfaitement avec mon enfant. Cet article a surtout pour but de vous transmettre ce que nous avons appris en 18 mois de parentalité, et de peut être, vous donner des pistes au quotidien. Encore une fois,
Je crois que la parentalité ne doit pas être une compétition, le but n’est pas de dire qu’il y a une “bonne” ou une “mauvaise” façon de faire [ d’ailleurs, vous avez peut être remarqué que je n’ai pas – volontairement – utilisé le terme “éducation bienveillante” tout simplement parce que le sous entendu qu’il puisse y avoir une “éducation malveillante” me hérisse ] mais d’essayer de se remettre en question, de s’impliquer, de se tromper au quotidien, et de chercher à aller simplement vers le mieux.
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